jeudi, 11 décembre 2008

Le politique après la modernité

bulle_bosch_fleur400.jpgDe façon plus générale, c’est toute la politique comme théologie sécularisée qui est en train de s’estomper. « C’est surtout une métaphysique de la volonté qui s’est effacée à la fin du XXe siècle, écrit Pierre Rosanvallon. Il est désormais tout simplement impossible de continuer à penser la démocratie sur le mode théologicopolitique qui était implicitement le sien ».

Que faut-il entendre par là ? D’abord que la politique sacralisée, caractéristique de la modernité, avec sa conception absolutiste de la souveraineté, ses partis organisés comme des Eglises, ses militants à l’engagement quasi-sacerdotal, inscrit dans la longue durée, n’est aujourd’hui plus audible. Croyance politique et croyance religieuse se séparent, en ce sens que la première cesse de décalquer la seconde. L’entrée dans l’ère postmoderne implique l’abandon de tout espoir de matérialisation historique d’un absolu (la nation, le peuple, la classe, la race, etc.). Le sentiment de vacuité que certains en ressentent — conforté par l’impression que l’Etat « tourne à vide », que les hommes politiques se contentent de « suivre » des évolutions qu’ils ne maîtrisent plus — n’est que la désorientation qui résulte de l’épuisement de cette forme de politique qui fonctionnait comme substitut existentiel de la foi. Il n’est pas étonnant que les tenants de l’Ancien Régime, les thuriféraires de la République « une et indivisible » et les nostalgiques de l’Ordre nouveau ne parviennent ni à le comprendre ni surtout à l’admettre : c’est leur monde qui s’effondre. « Nous sommes en train d’apprendre la politique de l’homme sans le ciel — ni avec le ciel, ni à la place du ciel, ni contre le ciel », remarque Marcel Gauchet.

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