mercredi, 10 octobre 2007

Shambhala

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Caché au creux des cols, sans le secret des cimes, existe au Tibet le royaume de Shambhala ("la source du bonheur"). C'est le rêve des Tibétains. Royaume imaginaire que beaucoup croient réel.

Shambhala serait un paradis terrestre, la patrie des coeurs purs et des chercheurs d'absolu, le but ultime de la quête des hommes, comme camelot, la cité idéale du roi Arthur, ou l'improbable Atlantide...
Terre qui promet la paix et l'harmonie..."Nous pensons, nous autres bouddhistes, qu'il existe bel et bien un endroit, un peu comme un ciel ou un paradis, ou mieux : une Terre pure, proche de notre univers de tous les jours, que l'homme ordinaire ne peut pas voir, où il ne peut aller, où nul ne peut se rendre s'il ne pratique pas une méthode particulière, par la méditation ou autrement, par le rêve par exemple.(...) Il n'empêche que ce n'est absolument pas une vue de l'esprit, il existe matériellement dans notre univers. Si tant d'enseignements fondamentaux nous viennent de Shambhala, comment voulez-vous que ce ne soit qu'une légende ?" (le dalaï-lama)
Ce rêve lumineux que tout homme porte en lui, Alexandra David-Neel l'a cherché toute sa vie et l'a entrevu au Tibet. Là-haut, seule sur le toit glacé du monde, elle s'est sentie emportée vers le royaume de Shambhala. Elle a pressenti ce qu'elle cherchait depuis l'enfance quand, à 5 ans, elle faisait sa première fugue dans le bois de Vincennes, quand, à 17 ans, elle partait pour l'Italie à pied, en franchissant le massif du saint Gothard, et qu'à 22 ans elle embarquait seule pour un voyage à Ceylan et en Inde. Elle n'a cessé de poursuivre son rêve, loin de la vieille Europe, en cherchant à retrouver une légèreté physique et mentale du nomade.
Il est des paysages qui vous construisent, vous réunifient, théâtres de roches et de sable qui vous renvoient votre propre image. Dans ces lieux chargés d'énergie, vous vous sentez vibrer à l'unisson du monde minéral et végétal. Vous êtes à la fois l'acteur et le décor, le créateur et le créé. Votre être s'emplit de lumière et rayonne à son tour. Tout est limpide, offert, et vous êtes offrande. Alexandra a connu cette extase au Tibet...

( Dominique Agniel, voyage au Tibet sur les pas d'Alexandra David-Neel )

mercredi, 03 octobre 2007

Alexandra

65f764b5d0f41f8582958772cbcbf941.gifAprès de nombreux voyages en Asie, où elle s'initia, sous l'autorité de grands maîtres, à l'étude des philosophies orientales et aux enseignements bouddhiques, l'exploratrice française Alexandra David Neel (1868-1969) décide de se rendre à Lhassa, ville sainte du lamaïsme et capitale du Tibet, alors interdite aux étrangers. En 1924, déguisée en paysanne tibétaine, elle est la première Européenne a pénétrer à Lhassa, après un périple interminable parsemé d'embûches et de difficultés de toutes sortes. Parcourant le pays et partageant la vie et les coutumes de ses habitants, elle y noua de profondes amitiés avec nombre de grands lamas.

Alexandra David Neel semblait établir une distinction entre la religion populaire telle que pratiquée par la majorité de la population et celle des grands lamas. S'interrogeant sur le sens véritable de la religion que l'on pratiquait au Tibet, elle considérait que, malgré la grande ferveur manifestée par la population, il n'y avait rien de véritablement « religieux » dans la pratique religieuse des Tibétains, du moins au sens que nous attachons habituellement à ce terme, précisait-elle. La religion était, d'une manière générale, empreinte de magie :  « Tous les rites des Tibétains sont à tendance magique. Il en est de très naïfs et il en est de très subtils. Les Tibétains croient que notre monde est contigu à d’autres mondes peuplés d’êtres différents mais dont la mentalité a des ressemblances avec la nôtre. Certains ont développé des sens spéciaux et parviennent à les discerner. Ces mondes exercent une influence sur nous et vice versa. Il y a des dieux, des génies, des démons masculins, féminins. Certains sont bienfaisants, d’autres sont portés à nuire. Les Tibétains étant enclins à douter de la bienveillance de ces personnages, il faut les contraindre à utiliser leurs pouvoirs en notre faveur. Contraindre un dieu ou un démon est un acte de magie. Cela ne ressemble pas à la prière. Il est possible aussi , au lieu de les contraindre, d’user de procédés aimables en leur donnant des choses qui leur sont agréables. Une grande partie des rites ont donc pour but d’obtenir le concours de personnages extra-humains pour notre bénéfice

a4558a14257c5415956168f11478820c.jpgChez les moines érudits, la religion s'apparentait davantage, selon elle, à une recherche philosophique doublée d'un effort de compréhension de forces particulières : « L’opinion des lamas savants est toute différente mais ils ne l’expriment pas ouvertement. Pour eux, ce monde fantastique n’est en réalité que le domaine de forces de différents genres. L’homme qui s’est initié à la connaissance de ces forces peut parvenir à produire ces phénomènes que le commun des hommes considère comme des prodiges. »24ed9824b82a91a6d9249000c035d01b.jpg

Fascinée par l'Himalaya et ses populations, Alexandra David Neel fut une grande ethnologue. Ses écrits permirent de lever le voile sur un monde peu connu jusque là entouré de mystère…

6acd1af5a8c2be822011217431ade9e0.png« Du haut de la terrasse du monastère, je regarde les montagnes environnantes, les bois que l'hiver a jaunis et cuivrés et plus haut les neiges immaculées, resplendissantes au soleil. Le désir de m'échapper m'envahit. Je suis, bien que si loin, encore trop empêtrée dans le filet qui me lie au monde, à la civilisation, à ses conventions, à ses façons d'être. Je suis encore trop peu réveillée du mauvais rêve, du rêve harassant de l'existence individuelle, et même dans ma caverne de yogi, mon esprit reste celui d'une parisienne philosophe, artiste et dilettante. S'échapper, se libérer de soi-même et du monde que l'on porte en soi. Être ce qu'ont été les Bouddhas... »  Alexandra David-Neel (lettre à son mari, 1904)