dimanche, 04 mai 2008
Europe, Chine, Tibet: les enjeux géopolitiques
Par Jean-Sylvestre MONGRENIER, chercheur associé à l’Institut Thomas More et chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis). Article publié en partenariat avec le portail d'information "Fenêtre sur l'Europe".
Tant sur le plan politique que moral et spirituel, la cause tibétaine suscite de curieuses réactions dans des segments, il est vrai limités, des opinions publiques (et de ceux qui la font). On n’insistera pas sur la dimension commerciale des relations avec la Chine, de fait importante, si ce n’est pour rappeler que les interdépendances économiques sont réciproques. Les menaces de boycott des produits européens pourraient provoquer en retour des campagnes de « China Bashing ». Prudence donc. Par ailleurs, on ne se désolera pas de voir remise en cause une vision douceâtre et mièvre du bouddhisme. Plus que le « non désir de violence » (Ahimsa), ce sont les concepts de « vacuité » (Sûnyatâ), de « compassion » (Karuna), et d’« extinction » des passions (Nirvâna) qui sont au cœur de cette tradition originelle. Ainsi la pratique requiert-elle une forme de virilité spirituelle, avec des prolongements au quotidien ; il arrive qu’un occupant subisse les rigueurs de cette « voie du Milieu » (Mâdhyamika). L’accusation de « racisme » est plus surprenante. L’histoire millénaire de la Chine est celle d’un mouvement géopolitique d’expansion de l’ethnie Han, du nord vers le sud, puis vers l’ouest et le sud-ouest ; les peuples résistant à ce mouvement tomberaient donc sous le coup de législations anti-discriminations. Grands dieux ! Quant à l’argument « modernisateur », simple reproduction de la logomachie maoïste, il relève du négationnisme. Reste que la question du Tibet et l’attitude de Pékin à l’encontre des « nationalités minoritaires », recèlent d’importants enjeux géopolitiques. L’Europe ne peut s’en désintéresser.
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mardi, 16 octobre 2007
Jamais simple ...

En septembre 1939, un groupe d'alpinistes allemands procède à des reconnaissances dans l'Himalaya occidental en vue de préparer l'accession du Nanga Parbat, un des quatorze sommet de plus de 8000 mètres de l'Himalaya. Ces « touristes » sont arrêtés par les anglais au moment où ils s'apprêtaient à gagner l'Iran faute d'avoir trouvé à Karachi le cargo supposé les ramener en Allemagne. Après plusieurs tentatives, ils réussissent à s'évader du camp de prisonnier de Dehra Dum en avril 1944.
Ils gagnent le Tibet, se retrouvent à Lhassa. Heinrich Harrer,l’auteur de « Sept ans d'aventure au Tibet ». finit, vers 1948, par devenir un familier du jeune Dalaï Lama, né le 6 juin 1935 et supposé être la réincarnation du 13 ème Dalaï Lama, Thubten Gyatso, mort le 17 décembre 1933. Harrer reste à Lhassa jusqu'à la libération de la ville par l'Armée nationale de libération populaire en 1950 puis rentre en Autriche.
Harrer était devenu célèbre peu après l'Anschluss, en mars 1938, pour avoir réussi l'ascension de la première face nord du mont Eiger le 24 juillet 1938. Il fut personnellement félicité par Hitler. Harrer devint un des héros du régime. Il est tout naturellement incorporé dans ses troupes d'élite, les Waffen SS.
Mais son livre fut écrit avec prudence. Ainsi le début du récit est celui de son arrestation. Pourtant l'Allemagne et le Commonwealth n'étaient pas en état de guerre. Son emprisonnement semble l'avoir totalement coupé du monde Ce n'est que fin 1944, plusieurs mois après son évasion qu'il a des nouvelles sur ce qui se passe en Europe et fait une allusion à la guerre. Il écrit : « nous apprenons d'étranges choses sur l'Allemagne…toutes les villes ont été rasées. Des milliers d'avions américains débarquent des troupes en France. L'Armée Rouge a chassé les Allemands de Russie ». On constate qu'il a du mal à s'avouer vaincu. Il ne fait aucune allusion à l'invasion de la Pologne, de la France puis de la Russie. Il relève avec satisfaction que les Tibétains, ignorant complexes et préjugés, contemplent les événements mondiaux avec le détachement du sage. Ni allusion, ni regret quant aux atrocités allemandes. On pourrait résumer : un « sage détachement ».
Harrer n'a bien sûr aucune compétence en matière religieuse. Il est censé apporter au Dalaï Lama un aperçu sur le monde extérieur et les technologies modernes. Harrer loue l'habileté de son jeune élève dans sa quatorzième année, pouvant démonter et remonter une caméra, s'excitant à l'idée de démonter un moteur de voiture pour alimenter un générateur électrique et monter une salle de cinéma dans une dépendance du palais du Potala, dont la surface est supérieure à celle du château de Versailles. Mais les allusions géopolitiques sont quand même présentes. Le Tibet, écrit-il est un état « indépendant ». Sa superficie est trois fois celle de la France, trois fois le Reich. C'est le pays le plus haut du monde ; et son jeune élève est fier d'être le chef du pays le plus haut du monde. Harrer dit clairement, à la fin, que sa position est anticommuniste. Par ailleurs il écrit : « la domination qu'exercent les moines du Tibet est absolue. C'est l'exemple type de la dictature cléricale ». Dont acte ! Mais sous sa plume ce constat n'est pas une critique…
Sa présence durant l'été 39 était tout sauf fortuite. C'est là où le bât blesse. L'expédition de Harrer fait suite à une expédition très officielle dirigée par un certain Schäfer, nommé en 1936 SS- Untersturmführer (sous lieutenant) de l'état major de Himmler, expédition organisée personnellement par Himmler
dans le cadre de l'Ahnenerbe SS (« Héritage des ancêtres »), organisme créé au sein de la Waffen SS et dont la mission était de rechercher les origines de la race aryenne. Un des membres de cette expédition était l’ ethnologue Beger qui s'illustrera à Auschwitz par de prétendues recherches scientifiques pour y mesurer des milliers de squelettes en vue de la création d'un musée de la race aryenne.
A la fin du XIXème siècle, les théoriciens racistes ou racialistes étaient Gobineau ou Vacher de Lapouge. Derrière eux existaient des sociétés secrètes dont la plus connue est la Société de Thulé, fantasmant sur des aryens purs aux confins du Tibet ou de l'Afghanistan, issus d'un royaume mystérieux, enterré et ayant survécu aux précédentes glaciations…Si nous regardons une carte, le Nanga Parbat et ses 8114 mètres, but avoué de Harrer, est un sommet du Panjab, au nord ouest du Cachemire, proche de la Chine (deux à trois jours de marche), proche du Pakistan, plus exactement de cette étroite bande, le Wakhan , inventée par les cartographes anglais pour séparer l'empire russe de l'empire des Indes ; cette bande avec la vallée du Panshir fait à certains endroits à peine 15 km entre le Cachemire ; Pakistan d'aujourd'hui et l'ancienne URSS. D'ailleurs les nazis ont essayé aussi de s’allier aux Afghans, avec plus ou moins de succès. Par exemple, les feux rouges de Kaboul (d'avant les guerres civiles récentes) étaient les anciens feux rouges de Francfort offerts par le gouvernement hitlérien dans les années trente. Le gouvernement afghan resta de marbre face aux offres des nazis. Outre le mythe de la race aryenne, cette région provoquait des fantasmes géostratégiques au même titre que le Caucase. Tandis qu'Hitler s'enferrait à Stalingrad, des alpinistes allemands eurent pour but de planter le drapeau nazi sur le mont Elbrouz qui n'est lui qu'à 5633 mètres. Dans « Mein Kampf », s'agissant des liens entre les origines aryennes et le nazisme, Hitler décrit la conception du drapeau nazi : « moi même, après d'innombrables essais, je m'arrêtais à une forme définitive : un rond blanc sur fond rouge et une croix gammée noire en son milieu. Les couleurs uniques témoignent de notre respect pour le passé. » Précisons : noir, blanc, rouge du drapeau impérial allemand. Dans le rouge nous voyons l'idée sociale du mouvement, dans le blanc l'idée nationaliste, dans la croix gammée, la mission de lutte pour le triomphe de l'aryen. La croix gammée est omniprésente dans les monastères tibétains. Le monastère tibétain de Sanyé se trouve environné de croix gammées. C'est le symbole solaire de la religion traditionnelle tibétaine, celle qui a précédé le bouddhisme relativement récent dans l'histoire du Tibet.
Il faut d'abord considérer que la croix gammée, le svastika, est un symbole très ancien utilisé bien avant le nazisme. Le svastika a été utilisé comme motif ornemental en Europe à l'âge de bronze. On le trouve également en Asie 3000 ans avant Jésus-Christ. Le svastika a aussi été utilisé par les Polynésiens et les Indiens de l'Amérique du nord.
À l'origine, le svastika symbolisait le soleil et le feu, c'était un symbole positif. Mais après avoir été utilisé par les nazis, on doute fort que le svastika réussisse un jour à être réhabilité.
Du sanskrit Su "bon" et asti "cela est", c’est une croix potencée dont les quatre barres terminales à angle droit sont normalement orientées vers la droite qui symboliserait la révolution du soleil, le centre en mouvement.
C'est un signe magique d'origine très ancienne ( Asie mineure vers -5000/ -4000), représentant probablement les forces cosmiques. Ce symbole se retrouve à toutes les époques dans la plupart des sociétés de l'Ancien comme du nouveau monde.
C'est un symbole mystique qui servait à attirer la chance, la félicité, le bonheur sur sa maison, ses biens ou sur sa personne. Depuis des temps très anciens, les indiens se servaient de ce signe pour marquer leur bétail. On pense aussi qu'à l'origine, c'est une représentation du soleil et de la lumière comme énergie première, source de toute vie et de toute perpétuation de la vie. Par extension, il représente aussi le feu. Avec ses quatre branches, il renvoie aussi à un plan symbolique d'habitation, de système urbain, de ville, de territoire. Il est alors appelé svastika "aux quatre vents", renvoyant aussi aux quatre points cardinaux. Il peut aussi faire référence à un territoire et est appelé svastika "aux quatre portes" renvoyant alors à une ville ou à un système bâti (temple, palais …) organisé suivant les axes Nord-Sud et Est-Ouest. Dans ce cas, le svastika a aussi une fonction de protection. 
Dans le bouddhisme, c'est le symbole de l'ésotérisme.
Dans le brahmanisme, celui de Ganesh (Dieu à la tête d'éléphant), il est fait d'une croix qui représente le développement dans le multiple en partant de l'unité, le point central. Chacune des branches est coudée de sorte que la partie extérieure ne montre pas la direction du centre. Ceci indique que les formes extérieures de l'Univers ne nous conduisent jamais vers leur unité fondamentale. C'est pourquoi, il est dit que la voie qui mène au principe est tordue.
Concernant les liens entre la société de Thulé et les nazis soyons précis ; elle a inspiré en janvier 1919 la création du Parti national ouvrier allemand par Drexler , lequel a été transformé en février 1920 en Parti National Socialiste ! Au sein dudit Parti nazi, Himmler s'est mis à la recherche de ses fantasmagories ; Hitler, affectant de se tenir en retrait. Ce qui est sûr c'est que le XIIIème Dalaï Lama, Thubten Gyaso, a en personne procédé à la traduction de « Mein Kampf » en tibétain, dont un exemplaire lui était parvenu. Un ouvrage récent consacré aux théocrates du Tibet, leur étant globalement favorable, décrit le XIII ème Dalaï Lama : « Thubten Gyaso avait été conduit dans la double voie de l'autoritarisme et du pessimisme. Il n'avait pas confiance en ses ministres ni en ses proches collaborateurs. Chacun avait peur du Dalaï Lama ».
Détail anecdotique pour un tibétain, il portait au début de sa vie, vers la Première guerre mondiale, des moustaches en crocs à la Guillaume II et à la fin de sa vie une calvitie distinguée et un petite moustache le faisant ressembler à un maréchal français en retraite à la réputation sinistre. Aujourd'hui le Dalaï Lama est présenté comme une victime du gouvernement chinois, exilé et persécuté.
Historiquement, le Tibet fait partie du monde chinois, depuis le XIII ème siècle, voire plus. Au début du XX ème siècle, les empires russes et britannique lorgnent sur ce territoire. Les Britanniques tentent une occupation du pays à partir de 1904. Ce qui conduit le XIII ème Dalaï Lama à se réfugier en Chine et à obtenir finalement, grande habileté de l'empire chinois finissant, la reconnaissance internationale de la souveraineté de la Chine sur le Tibet. A la fin des années 20, deux séries de timbres tibétains furent tout simplement des timbres de l'empire des Indes dans une première version surchargée et ensuite modifiée. L'idée d'un Tibet indépendant dans les années 30 est symétrique de la constitution de l'état croupion du Mandchoukouo par les japonais pour justifier leur occupation de la Mandchourie. Il y a un facteur commun, c'est le petit nombre de pays ( les États fascistes , le Vatican ainsi que le Salvador ) qui alors ont une représentation diplomatique à Moukden, en Mandchourie ; le Salvador étant le pays qui a déposé aux Nations Unies plusieurs motions pour la reconnaissance d'un Tibet indépendant, lequel n'a jamais existé.
Il est stupéfiant de remarquer que le Dalaï Lama actuel, en 1994, a voulu réunir à Londres des personnalités occidentales ayant connu un Tibet indépendant. Sur les sept personnalités, il y avait les deux Waffen SS, Harrer l'alpiniste et Beger l'ethnologue d' Auschwitz et un diplomate chilien du nom de Miguel Sorano qui a fait carrière dans le sillage de Kurt Waldheim, en étant proche de Pinochet et des communautés nazies du sud du Chili.
Le facteur commun à toutes ces approches, c'est la verticalité du pouvoir. C'est le cas du Dalaï Lama qui représente un bouddhisme très minoritaire, venu au Tibet par une Mongolie mâtiné de cultes solaires adeptes de la croix gammée et de chamanisme sibérien …
R.E
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mercredi, 10 octobre 2007
Shambhala

Caché au creux des cols, sans le secret des cimes, existe au Tibet le royaume de Shambhala ("la source du bonheur"). C'est le rêve des Tibétains. Royaume imaginaire que beaucoup croient réel.
Shambhala serait un paradis terrestre, la patrie des coeurs purs et des chercheurs d'absolu, le but ultime de la quête des hommes, comme camelot, la cité idéale du roi Arthur, ou l'improbable Atlantide...
Terre qui promet la paix et l'harmonie..."Nous pensons, nous autres bouddhistes, qu'il existe bel et bien un endroit, un peu comme un ciel ou un paradis, ou mieux : une Terre pure, proche de notre univers de tous les jours, que l'homme ordinaire ne peut pas voir, où il ne peut aller, où nul ne peut se rendre s'il ne pratique pas une méthode particulière, par la méditation ou autrement, par le rêve par exemple.(...) Il n'empêche que ce n'est absolument pas une vue de l'esprit, il existe matériellement dans notre univers. Si tant d'enseignements fondamentaux nous viennent de Shambhala, comment voulez-vous que ce ne soit qu'une légende ?" (le dalaï-lama)
Ce rêve lumineux que tout homme porte en lui, Alexandra David-Neel l'a cherché toute sa vie et l'a entrevu au Tibet. Là-haut, seule sur le toit glacé du monde, elle s'est sentie emportée vers le royaume de Shambhala. Elle a pressenti ce qu'elle cherchait depuis l'enfance quand, à 5 ans, elle faisait sa première fugue dans le bois de Vincennes, quand, à 17 ans, elle partait pour l'Italie à pied, en franchissant le massif du saint Gothard, et qu'à 22 ans elle embarquait seule pour un voyage à Ceylan et en Inde. Elle n'a cessé de poursuivre son rêve, loin de la vieille Europe, en cherchant à retrouver une légèreté physique et mentale du nomade.
Il est des paysages qui vous construisent, vous réunifient, théâtres de roches et de sable qui vous renvoient votre propre image. Dans ces lieux chargés d'énergie, vous vous sentez vibrer à l'unisson du monde minéral et végétal. Vous êtes à la fois l'acteur et le décor, le créateur et le créé. Votre être s'emplit de lumière et rayonne à son tour. Tout est limpide, offert, et vous êtes offrande. Alexandra a connu cette extase au Tibet...
( Dominique Agniel, voyage au Tibet sur les pas d'Alexandra David-Neel )
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mercredi, 03 octobre 2007
Alexandra
Après de nombreux voyages en Asie, où elle s'initia, sous l'autorité de grands maîtres, à l'étude des philosophies orientales et aux enseignements bouddhiques, l'exploratrice française Alexandra David Neel (1868-1969) décide de se rendre à Lhassa, ville sainte du lamaïsme et capitale du Tibet, alors interdite aux étrangers. En 1924, déguisée en paysanne tibétaine, elle est la première Européenne a pénétrer à Lhassa, après un périple interminable parsemé d'embûches et de difficultés de toutes sortes. Parcourant le pays et partageant la vie et les coutumes de ses habitants, elle y noua de profondes amitiés avec nombre de grands lamas.
Alexandra David Neel semblait établir une distinction entre la religion populaire telle que pratiquée par la majorité de la population et celle des grands lamas. S'interrogeant sur le sens véritable de la religion que l'on pratiquait au Tibet, elle considérait que, malgré la grande ferveur manifestée par la population, il n'y avait rien de véritablement « religieux » dans la pratique religieuse des Tibétains, du moins au sens que nous attachons habituellement à ce terme, précisait-elle. La religion était, d'une manière générale, empreinte de magie : « Tous les rites des Tibétains sont à tendance magique. Il en est de très naïfs et il en est de très subtils. Les Tibétains croient que notre monde est contigu à d’autres mondes peuplés d’êtres différents mais dont la mentalité a des ressemblances avec la nôtre. Certains ont développé des sens spéciaux et parviennent à les discerner. Ces mondes exercent une influence sur nous et vice versa. Il y a des dieux, des génies, des démons masculins, féminins. Certains sont bienfaisants, d’autres sont portés à nuire. Les Tibétains étant enclins à douter de la bienveillance de ces personnages, il faut les contraindre à utiliser leurs pouvoirs en notre faveur. Contraindre un dieu ou un démon est un acte de magie. Cela ne ressemble pas à la prière. Il est possible aussi , au lieu de les contraindre, d’user de procédés aimables en leur donnant des choses qui leur sont agréables. Une grande partie des rites ont donc pour but d’obtenir le concours de personnages extra-humains pour notre bénéfice.»
Chez les moines érudits, la religion s'apparentait davantage, selon elle, à une recherche philosophique doublée d'un effort de compréhension de forces particulières : « L’opinion des lamas savants est toute différente mais ils ne l’expriment pas ouvertement. Pour eux, ce monde fantastique n’est en réalité que le domaine de forces de différents genres. L’homme qui s’est initié à la connaissance de ces forces peut parvenir à produire ces phénomènes que le commun des hommes considère comme des prodiges. »
Fascinée par l'Himalaya et ses populations, Alexandra David Neel fut une grande ethnologue. Ses écrits permirent de lever le voile sur un monde peu connu jusque là entouré de mystère…
« Du haut de la terrasse du monastère, je regarde les montagnes environnantes, les bois que l'hiver a jaunis et cuivrés et plus haut les neiges immaculées, resplendissantes au soleil. Le désir de m'échapper m'envahit. Je suis, bien que si loin, encore trop empêtrée dans le filet qui me lie au monde, à la civilisation, à ses conventions, à ses façons d'être. Je suis encore trop peu réveillée du mauvais rêve, du rêve harassant de l'existence individuelle, et même dans ma caverne de yogi, mon esprit reste celui d'une parisienne philosophe, artiste et dilettante. S'échapper, se libérer de soi-même et du monde que l'on porte en soi. Être ce qu'ont été les Bouddhas... » Alexandra David-Neel (lettre à son mari, 1904)
08:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alexandra David Neel, Tibet, Sagesse, Lhassa
