samedi, 04 octobre 2008

Slavoj ZIZEK, "État d’urgence et dictature révolutionnaire"

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En fait tout a commencé dans les années 1950 et 1960, quand l’École de Francfort a adopté une attitude de plus en plus critique vis-à-vis de la notion marxiste classique de la nécessité historique de la révolution. Cette critique a culminé dans l’abandon de la notion hégélienne de « négation déterminée », son versant complémentaire résidant dans la montée de la notion du « tout autre » (ganz Anderes) en tant que perspective de dépassement utopique de l’ordre technocapitaliste mondial. L’idée est que, puisque la « dialectique des Lumières » tend vers le point zéro de la société totalement « administrée », il n’est plus possible de concevoir une rupture possible d’avec la spirale mortifère de cette dialectique au moyen de la notion marxiste classique selon laquelle le Nouveau sortira des contradictions même de la société actuelle, à travers son dépassement immanent. L’impulsion nécessaire à un tel dépassement ne peut venir que d’un Ailleurs, d’un Autre non-médié. L’abandon de la négation déterminée n’est bien entendu que l’autre versant de l’acceptation du triomphe du capitalisme. Le signe le plus tangible du triomphe idéologique du capitalisme se trouve dans la disparition virtuelle du terme au cours des deux ou trois dernières décennies.

 

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mardi, 10 juin 2008

Sauver Marx [contre l'Empire] ?

[SEMINAIRE] Empire, multitude, travail immatériel - par El Mouhoub Mouhoud , Pierre DARDOT, Christian LAVAL

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Extrait: 

Qu’est-ce que l’Empire ? Un nouveau paradigme du pouvoir. Il faut en effet en prendre acte : « L’impérialisme, c’est terminé. » Alors que l’expansion impérialiste présupposait une partition binaire de l’espace (métropoles/« terres vierges » à coloniser) ainsi qu’une hiérarchie interne (un impérialisme dominant), l’Empire se définit par une absence de centre : « Notre Empire postmoderne n’a pas de Rome. » Il en est donc de l’Empire comme jadis de l’univers dans la cosmologie infinitiste: son centre est partout et sa circonférence nulle part. Si l’Empire n’a pas de centre, c’est parce qu’il n’a pas de limites, donc pas de dehors. « Dans cet espace lisse de l’Empire, il n’y a pas de lieu de pouvoir : celui-ci est à la fois partout et nulle part. L’Empire est une u-topia, c’est-à-dire un non-lieu. »

C’est dire que le transfert de souveraineté des États-nations à ce « nouveau Léviathan » qu’est l’Empire n’a pas pour effet de reconstituer à l’échelle internationale un super-État venant englober les petits États : cela équivaudrait en effet à une nouvelle centration de l’espace mondial à partir d’une hiérarchie de pouvoirs subordonnés les uns aux autres. L’image de la pyramide à trois étages (au sommet le monopole de la force, juste en dessous les sociétés transnationales et la plupart des États-nations, à la base les ONG) n’entend nullement suggérer une telle hiérarchie, elle donne seulement à voir la réalité d’une « hybridation » entre les différentes fonctions du pouvoir. La nouvelle souveraineté est en réalité décentralisée et déterritorialisée, elle revêt elle-même la forme d’un réseau et opère par une mise en ordre continue (ordering) ou par une régulation, à la fois fine et diffuse, qui investit tous les points du champ social.

Dans ces conditions, expliquent les auteurs d’Empire, nous n’avons d’autre choix que de « nous défaire une fois pour toutes de la recherche d’un point de vue extérieur, rêve de pureté pour notre politique 11 ». Il faut lucidement faire notre deuil de tout « être-dehors ». Aussi le maître mot de toute opposition sérieuse à l’Empire est-il « être-dans », c’est-à-dire agir à l’intérieur de l’Empire et sur le terrain même de l’Empire. À ce nouveau paradigme du pouvoir correspond en effet un nouveau paradigme de la résistance au pouvoir. À la souveraineté impériale correspond une nouvelle manière d’être des luttes, caractérisée par la réticularité et l’incommunicabilité...