samedi, 07 juin 2008

La vie dans les sphères : comment vivre dans un oikos éclaté ?

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Salvador Dali - Galatea aux Spheres  

Frédéric Neyrat. Docteur en philosophie, ancien Directeur de programme au Collège International de Philosophie. Publications : « Fantasme de la communauté absolue » (L’Harmattan, 2002) ; « L’image hors-l’image » (Leo Scheer, 2003). « Surexposés » (Lignes - Manifeste, 2005) ; « L’indemne. Heidegger et la destruction du monde » (Sens et Tonka, 2008).

Les individuations singulières et collectives ne sont possibles qu’au sein de ce que Peter Sloterdijk nomme des « sphères », des « insulations », des milieux « prothétiques » assurant les médiations entre ces individualités, ainsi que les formes de protections nécessaires à l’épanouissement de la vie. Or notre époque traverse une crise majeure de l’habiter, une fragilisation, voire une destruction des territoires existentiels. Les « sphères » collectives ont éclaté sous le coup de la globalisation capitaliste et de la modernisation techno-scientifique. Ce texte analyse les tentatives de substitution méga-sphérologique type Biosphère ou Noosphère, ainsi que les replis subjectifs sur des micro-sphères autistiques. Si les secondes sont dangereuses, les premières sont ambiguës. L’écologie politique devrait selon nous prendre en considération et ce danger, et cette ambiguïté.
 
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jeudi, 05 juin 2008

Sommes-nous les derniers hommes ?

Nietzsche83site.jpgGrégaire, oisif, hédoniste et humaniste, le dernier homme de Nietzsche incarne le termed’un processus de dégénérescence d’une humanité endormie par les narcotiques que sont les valeurs chrétiennes et démocratiques. Nietzsche aurait-il été visionnaire ?

Comme son nom l’indique, le dernier homme représente l’homme le plus méprisable qui soit, le terme possible de l’évolution –ou plutôt de l’avilissement– de l’humanité, si le processus de décadence se poursuivait jusqu’au bout et met-tait fin à toute perspective d’avenir. Cet homme crépusculaire est aux antipodes du surhumain, qui incarne au contraire l’avenir de l’humanité. Une distance infinie sépare en effet l’homme fragmentaire, servile, qu’est le dernier homme du surhumain, c’est-à-dire de l’homme complet, souverain. En accentuant de la sorte le contraste entre ces deux pôles extrêmes de la hiérarchie humaine, Nietzsche a voulu dépeindre de la manière la plus vive le choix décisif entre montée et déclin que chacun de nous est, selon lui, nécessairement amené à faire. Ainsi, lorsque Zarathoustra brosse le portrait peu flatteur du dernier homme dans le Prologue, c’est dans l’espoir de susciter le mépris de la foule, que la description du type surhumain n’avait guère émue. Cet homoncule, cet homme avorté que Nietzsche voyait avec dégoût se profiler à l’horizon de la modernité a renoncé à toute grandeur et n’aspire plus qu’à vivre confortablement et le plus longtemps possible. Semblable à un puceron hédoniste, il a en aversion le danger et la maladie: «On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit: mais on révère la santé.» Il veut travailler le moins possible et met au-dessus de tout la paix, la tranquillité, la sécurité. Nietzsche compare pour cette raison cet adepte d’une vie sédentaire, en troupeau, à un animal grégaire. Si la civilisation conduit à ce piètre résultat, estime-t-il, c’est qu’elle est en réalité une entreprise de domestication de l’homme: sous prétexte de ren-dre l’homme meilleur, elle le rapetisse, le dévirilise, le déshumanise.

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samedi, 31 mai 2008

José Ortega y Gasset, philosophe espagnol du politique

1223191024.jpg[Euro-Synergies] Ortega a rêvé de forger une élite nouvelle avec des hommes venus de toutes les classes, et de sortir ainsi l'Espagne de son marasme. Ses idées politiques avaient le mérite d'une extraordinaire limpidité que l'on retrouve d'ailleurs dans toutes ses œuvres, mais elles heurtaient de front une société dominée par les conflits d’intérêts, dans laquelle les hommes au pouvoir utilisaient toutes les potentialités de l'irrationnel pour conserver leurs privilèges.

Comme Miguel de Unamuno, Ortega a opté pour un "libéralisme" hispanique opposé aux totalitarismes d'un XXe s. à la recherche de stabilités définitives. "Ni le bolchevisme, ni le fascisme, écrit-il, ne résument tout le passé, condition indispensable pour le surmonter". Ces 2 totalitarismes sont des phénomènes de l'âge des "masses" qui a fait perdre aux hommes toute "conscience historique".

Pour acquérir cette conscience, nécessaire à l'équilibre de toute société politique, Ortega suggère l'enseignement d'une philosophie humaniste qui marquera l’avènement d'hommes nouveaux, conscients des impératifs de l'époque, parce que dépositaires d'une mémoire historique effective. Le bolchevisme et le fascisme se bornent, écrit-il, à nier la validité des institutions libérales sans se rendre compte que cette négation peut les conduire à des positions anachroniques. Il faut plutôt dépasser le libéralisme, en assimilant les acquis spirituels de cette idéologie politique polymorphe.

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jeudi, 01 mai 2008

Le ''dernier homme'' de Nietzsche

On surveillera avec intérêt la revue semestrielle de philosophie et de sciences humaines Le Portique [signalée par Europe-Puissance]. 

1249706577.jpg"Le processus fondamental des Temps modernes, c’est la conquête du monde en tant qu’image conçue. Le mot image signifie maintenant la configuration (Gebild) de la production représentante. En celle-ci l’homme lutte pour la situation lui permettant d’être l'étant qui donne la mesure à tout étant et arrête toutes les normes…. Pour cette lutte entre visions du monde et conformément au sens de cette lutte, l’homme met en jeu la puissance illimitée de ses calculs, de ses planifications et de sa culture universelle."

Martin Heidegger (Chemins qui ne mènent nulle part). 

 
On lira en particulier l'article de Benoît Goetz consacré au personnage du dernier homme de Nietzsche.

"Il y a, chez les femmes et chez les hommes de ce temps, une manière plutôt souveraine de perdre pied sans angoisse, et de marcher sur les eaux de la noyade du sens. Une manière de savoir, précisément, que la souveraineté n’est rien, qu’elle est ce rien dans lequel le sens, toujours, s’excède. Ce qui résiste à tout, et peut-être toujours, à toute époque, ce n’est pas un médiocre instinct d’espèce ou de survie, c’est ce sens-là."

Jean-Luc Nancy (Le Sens du monde)

lundi, 31 décembre 2007

Potences et révérences

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http://www.libertyvox.com/article.php?id=289

samedi, 01 décembre 2007

Le meilleur de l'Amérique

502219f9293ae76902811354640525dd.jpgJ'accepte de bon coeur la formule : « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins »; et j'aimerais la voir réaliser plus vite et plus systématiquement, ce qui aboutit à ceci, à quoi je souscris également : « Ce gouvernement est le meilleur, car il ne gouverne pas du tout »; et quand l'éducation des hommes sera faite, ce sera là le genre de gouvernement qu'ils auront.
Dans un État populaire, quand la majorité détient le pouvoir, ce n'est pas qu'elle soit plus dans le vrai que la minorité, ni que son pouvoir semble à celle-ci équitable, c’est qu'elle est matériellement la plus forte. Un gouvernement dans lequel la majorité règle tout ne peut être basé sur la justice. Le citoyen doit-il, fût-ce un moment et si peu que ce soit, sacrifier sa conscience au législateur ? Je pense que nous devons être d'abord des hommes, et seulement ensuite des citoyens. Il est inadmissible de confondre le respect de la loi avec le respect du juste. La seule obligation que j'aie à assumer est de faire ce que je crois bien. On a assez dit qu'une communauté n'a point de conscience, mais une communauté d'hommes consciencieux est une communauté avec une conscience. Jamais la loi ne rendit le moins du monde les hommes plus justes; et souvent les bien intentionnés deviennent, de par leur respect pour elle, les agents de l'injustice. Comme illustration au respect abusif de la loi, voici une colonne de soldats, colonel, capitaines, caporaux, singes à poudre. Tous marchent dans un ordre admirable par monts et par vaux, contre leur volonté, en dépit du bon sens et malgré leur conscience, vers les guerres. Ils savent que c'est là une besogne damnable et tous s'inclinent. Que sont-ils? des hommes? ou des petits forts, des arsenaux ambulants au service de quelque gaillard sans scrupule qui détient le pouvoir? Visitez le Navy-Yard, et considérez un marin, un homme tel que le gouvernement américain peut en faire, ou cette chose qu’il peut faire d'un homme avec sa magie noire : c'est une ombre, une réminiscence d'humanité, un être consumé vivant et debout, et enterré sous les armes, avec accompagnements funéraires.

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vendredi, 23 novembre 2007

Régis Debray

 Zoé et Zorro, le néo-bon et le néo-con

ee9e163696d707c9c61495bdf731b567.jpgHéroïquement seul(e) en scène. Sans frontières, et donc partout chez soi. Sauvant les enfants et les peuples. Faisant fi des mesquineries légales - vernaculaires ou onusiennes - parce que dépositaires de l'universel et oeuvrant au salut de l'humanité.

Ce rêve d'adolescent, vieux comme Narcisse, nos sociétés sénescentes s'en étaient fait un idéal. C'est le songe immémorial du chevalier blanc. La geste humanitaire - la face dorée de la médaille - lui a redonné ardeur et fierté. Elle a pour envers l'intervention militaire, Afghanistan, Irak, Afrique ou ailleurs. Ce que Zoé commence - mal, en l'occurrence -, Zorro bientôt le termine, encore plus mal. C'est ce qui arrive au Bien toutes les fois qu'il se regarde un peu trop dans la glace.

Excellent remède à la mélancolie, le narcissisme ne caractérise pas qu'un stade normalement immature de l'évolution psychique. Nous avons élevé ce travers souvent pittoresque, qui mue nos politiques en rock stars, à la hauteur d'un évangile plus confusionnel qu'oecuménique. Cette inclination à faire le bonheur des enfants sans se préoccuper de leur état civil et celui des hommes sans se soucier de leur histoire, cette cécité anthropologique rappellent ce qu'Hubert Védrine nomme "occidentalisme".

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-9818...

lundi, 19 novembre 2007

De la guerre ( 2 )

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Est-elle possible, cette grande Paix internationale qu'une conférence, sous les arbres de La Haye, fait semblant de préparer pour le monde? Il m'est difficile de le croire, et cela pour des raisons exclusivement historiques et scientifiques. On ne doit pas supposer que l'espèce humaine puisse modifier sa mentalité, pas plus qu'elle ne peut renoncer à ses habitudes physiologiques. L'homme fera toujours la guerre parce qu'il l'a toujours faite; ce ne fut pas toujours la nécessité qui le poussa à la guerre, ce ne fut pas toujours la lutte pour la vie matérielle ; il faut compter aussi avec la passion du jeu. Beaucoup de guerres anciennes ou récentes sont inexplicables si on oublie que l'homme lutte pour la possession idéale d'une suprématie morale avec la même âpreté que pour la possession des biens nécessaires à l'existence physique. Il manque quelque chose à l'homme qui n'est que riche; il veut des honneurs et qu'on lui reconnaisse une valeur propre indépendante de sa fortune. Il manque quelque chose à un peuple heureux et prospère; il veut être encore le souverain, même nominal, du plus grand nombre possible d'autres peuples. Les récentes conquêtes coloniales se comprennent mal, éliminée la vanité nationale; et sans cette vanité, d'autre part, on ne parvient pas à s'expliquer qu'une bataille perdue avec des soldats soit plus sensible à une nation, et l'humilie davantage devant elle-même et devant les autres peuples qu'une bataille perdue avec des diplomates.

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mardi, 30 octobre 2007

De la guerre

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Depuis la seconde invasion de l'Irak, les guerres n'ont cessé de se chasser l'une l'autre comme pour faire oublier la catastrophe de la précédente. Chaque guerre a vu ainsi détourné, le sens de son nom par l'usage d'autres substantifs tels que « conflits, tensions, opérations de police internationale », sans compter les appellations contrôlées du type « tempête du désert », opération X,Y, Z, autant de grossièretés du langage pour dissimuler le crime derrière la supervision d'une série télé.
Nous savons qu'on ne guérit pas d'une guerre, qu'elle soit d'hier lointain, d'aujourd'hui ou de demain. Les plaies d'histoire ne se referment pas car elles sont ouvertes depuis toujours pour et au nom d'une histoire humaine de la blessure, dont l'homme serait à la fois la victime et le coupable pour avoir tenté de capturer les dieux en lui et d'avoir provoqué leur fuite catastrophique.

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samedi, 27 octobre 2007

Hannah et le magicien

2e7fab53e190afa23117decc49082483.jpgLa prise du pouvoir par Hitler n'a pas été un Betriebsunfall, comme les Allemands d'après-guerre aimaient à le dire, une sorte "d'accident industriel" imprévisible qui arriva à la nation de l'extérieur et laissa indemnes les traditions allemandes. Bien plutôt l'impérialisme génocidaire qu'il déchaîna sur l'Europe représentait l'apogée des tendances profondes de l'histoire allemande elle-même. Mann implorait ses compatriotes de ne pas être trop tolérants envers eux-mêmes. Leur tâche, insistait-il, était d'épurer les comptes, de faire le bilan de leur patrimoine national, de Herder à Heidegger, afin d'identifier et de confronter les illusions spécifiquement allemandes qui causèrent la catastrophe.
Martin Heidegger se risqua à son propre récit des fortunes de l'Allemagne. Il était inflexible sur le fait que ce qui s'était passé était essentiellement un phénomène européen et non typiquement allemand. (Son étudiante Hannah Arendt partageait cette approche). Bien sûr, il n'avait pas complètement tort. L'Allemagne est loin d'avoir été la seule à choisir une solution fasciste ou autoritaire aux maladies politiques de l'entre-deux guerres. Mais Heidegger n'était pas un analyste ordinaire du désastre. Il avait lui-même soutenu le régime nazi. Il dessinait une prophylaxie rétrospective contre ses propres paroles et actes.

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