jeudi, 11 décembre 2008

Le politique après la modernité

bulle_bosch_fleur400.jpgDe façon plus générale, c’est toute la politique comme théologie sécularisée qui est en train de s’estomper. « C’est surtout une métaphysique de la volonté qui s’est effacée à la fin du XXe siècle, écrit Pierre Rosanvallon. Il est désormais tout simplement impossible de continuer à penser la démocratie sur le mode théologicopolitique qui était implicitement le sien ».

Que faut-il entendre par là ? D’abord que la politique sacralisée, caractéristique de la modernité, avec sa conception absolutiste de la souveraineté, ses partis organisés comme des Eglises, ses militants à l’engagement quasi-sacerdotal, inscrit dans la longue durée, n’est aujourd’hui plus audible. Croyance politique et croyance religieuse se séparent, en ce sens que la première cesse de décalquer la seconde. L’entrée dans l’ère postmoderne implique l’abandon de tout espoir de matérialisation historique d’un absolu (la nation, le peuple, la classe, la race, etc.). Le sentiment de vacuité que certains en ressentent — conforté par l’impression que l’Etat « tourne à vide », que les hommes politiques se contentent de « suivre » des évolutions qu’ils ne maîtrisent plus — n’est que la désorientation qui résulte de l’épuisement de cette forme de politique qui fonctionnait comme substitut existentiel de la foi. Il n’est pas étonnant que les tenants de l’Ancien Régime, les thuriféraires de la République « une et indivisible » et les nostalgiques de l’Ordre nouveau ne parviennent ni à le comprendre ni surtout à l’admettre : c’est leur monde qui s’effondre. « Nous sommes en train d’apprendre la politique de l’homme sans le ciel — ni avec le ciel, ni à la place du ciel, ni contre le ciel », remarque Marcel Gauchet.

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samedi, 04 octobre 2008

Slavoj ZIZEK, "État d’urgence et dictature révolutionnaire"

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En fait tout a commencé dans les années 1950 et 1960, quand l’École de Francfort a adopté une attitude de plus en plus critique vis-à-vis de la notion marxiste classique de la nécessité historique de la révolution. Cette critique a culminé dans l’abandon de la notion hégélienne de « négation déterminée », son versant complémentaire résidant dans la montée de la notion du « tout autre » (ganz Anderes) en tant que perspective de dépassement utopique de l’ordre technocapitaliste mondial. L’idée est que, puisque la « dialectique des Lumières » tend vers le point zéro de la société totalement « administrée », il n’est plus possible de concevoir une rupture possible d’avec la spirale mortifère de cette dialectique au moyen de la notion marxiste classique selon laquelle le Nouveau sortira des contradictions même de la société actuelle, à travers son dépassement immanent. L’impulsion nécessaire à un tel dépassement ne peut venir que d’un Ailleurs, d’un Autre non-médié. L’abandon de la négation déterminée n’est bien entendu que l’autre versant de l’acceptation du triomphe du capitalisme. Le signe le plus tangible du triomphe idéologique du capitalisme se trouve dans la disparition virtuelle du terme au cours des deux ou trois dernières décennies.

 

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